Silence et dénuement

Des forces intensives naissent de l'accueil répété au devant d'une case, de l'enthousiasme à grimper par-delà les cols ou de l'humilité à filer dans l'immensité des paysages. Ainsi, le voyage à vélo construit bien plus qu'une personne. Il fait transiter par toutes sortes de lignes où la vie s'éprouve dans un lointain auprès duquel on aime retourner. Tout un diagramme se dessine. Il offre des intuitions sur des chemins que pourrait emprunter la vie.

A l'horizon du voyage ...

Lors de ce quatrième voyage en Afrique à vélo, j'aurais envie de me glisser dans deux perspectives. Celles du silence et du dénuement.

Le silence est ce temps merveilleux qui permet d'éprouver pleinement des affects et laisse l'âme à ses divagations. Il enveloppe une puissance créatrice. Il est l'un des plus beaux compagnons des voyages à vélo en solitaire. Au moment des escales, c'est ce fond de silence qui permet une circulation de paroles singulières et inouïes.

Le dénuement est un seuil. En-dessous, une misère lourde à supporter. Au-dessus, un surplus de choses matérielles et immatérielles qui nous envahissent et nous écrasent. Le voyage à vélo et sa bagagerie limitée porte en lui-même une forme de sobriété. Les villages des recoins d'Afrique ne cessent d'interroger ce dénuement, substrat de la façon de vivre de millions d'Africains.

Je pars pour vivre et pour écrire. Je cherche des mots qui exprimeraient une expérience susceptible d'être ramenée en Europe où elle pourrait vadrouiller autrement. L'Afrique à vélo nous apprend, elle nourrit d'autres modes de vie. En ce sens, elle nous donne confiance.

De l'Océan Indien au cœur du Congo...

Le trajet est incertain. Je sais qu'il durera trois mois. Il partira de Dar Es Salam en Tanzanie sur l'Océan Indien et se terminera à Kinshasa en République Démocratique du Congo (R.D.C.). Plus de 4000 kilomètres.

La RDC est peu visitée. Pourtant, la plupart des régions du pays offrent un accueil tous les jours généreux et paisible. Certes, le voyage à vélo y est éprouvant. Les pistes sont difficiles, l'électricité et l'eau potable sont rares. A l'écart des canaux de communications, des flux d'images et de sons qui traversent les vies du monde entier, le silence au Congo enveloppe tous les paysages. Il traverse tous les villages. Il protège le dénuement en l'immunisant contre les attaques et les illusions du monde moderne.

Je m'élancerai de Tanzanie pour faire varier les paysages. J'ai envie de pédaler de l'Océan Indien vers ces cols à 3000 mètres et laisser monter la joie des ascensions. Ainsi, se glisser d'emblée dans les affects que j'ai envie de partager.

Départ le 23 juin 2013...

JoomSpirit