La communauté enclavée

Circulation dans et au-delà de l'enclave

Rencontre au Congo, à vélo, 2012

Le mot "enclavé" qu'ils utilisaient si souvent pour désigner leur territoire me semblait avoir un sens lié au commerce. Il signifiait l'absence de routes et l'éloignement du fleuve Congo par lesquelles pouvaient s'écouler les marchandises agricoles ou arriver des produits essentiellement importés. "L'enclave" enveloppait aussi un imaginaire sur son au-delà, où régnerait un confort et une aisance de paradis.

Dans la savane illimitée, striée de minuscules sentiers, nous foncions exagérément avec les motos. Nous nous arrêtions à chaque village pour saluer quelque notable ou un parent plus ou moins éloigné. A plus de cinquante kilomètres de notre point de départ, les personnes se connaissaient, se saluaient, se souciaient du devenir des uns et des autres.

J'étais enclin à penser que l'enclave est aussi un dôme protecteur qui insufflait de douces sonorités dans les échanges.

Paroles, silence, outils

Rencontre au Congo, à vélo, 2012

Le silence était l'étendue sur laquelle s'étendait tout le village. Nous étions vingt-cinq ou trente en cercle. Je m'étais un instant retranché du contenu de nos discussions pour écouter les ponctuations sonores. J'entendais une poule s'envoler, les pépiements d'un oiseau, des jeux d'enfants dans le lointain. La voix de femme qui parlait à cette assemblée était à peine audible. Les visages manifestaient pourtant qu'ils s'en allaient cueillir chacune des paroles. Des sons musés exprimaient l'étonnement ou un acquiescement encourageant.

Un homme s'avance au centre du cercle et dépose trois outils. Une hanche et deux machettes. J'entends des rires qui se prolongent et se relancent un certain temps. "Voilà les outils avec lesquels nous faisons les champs", me dit-on en français avec la même gaieté.

Les outils et les routes forment comme d'habitude les demandes explicites.

Attentes miraculeuses et respect des ancêtres

Rencontre au Congo, à vélo, 2012

Les appels des communautés villageoises vis-à-vis des Congolais de l'association Ayedja aya kenda kenda n'étaient finalement pas foncièrement différents de ceux qui m'étaient régulièrement adressés en tant que Belge. L'analogie du style m'intriguait. L'attente était celle d'une aide dont l'arrivée semblait miraculeuse.

La réponse négociée avec patience par les membres de cette association faisait retourner le processus salvateur au sein du groupe. Elle se résumait en quelques mots : "nous pouvons nous mettre ensemble pour cultiver une terre qui nous apportera quelques bénéfices".

 

En tant qu'étranger, il m'est difficile d'évaluer l'écart introduit par cette proposition. Elle ne modifiait que légèrement les modes de vie. Elle encourage à s'associer pour cultiver une terre qui continuait à appartenir à la communauté. Les apports techniques, par des semences ou quelques outils, restaient relativement modestes. La force tenait dans une présence qui donnait confiance dans un avenir juste un peu différent.

 

Je comprenais peu, mais cette réponse exerçait un charme mystérieux par sa puissance entraînante et sa modestie. Peut-être aussi parce qu'elle respectait les ancêtres qui continuent d'habiter ces terres et ces communautés.

JoomSpirit